Derrière les bons chiffres de fréquentation globale, les données de l'Agence Nationale du Sport révèlent des inégalités d'accès profondes. Le city stade est un outil puissant — mais partiel.
Source : ANS — Enquête nationale Plan 5 000 Terrains de Sport (2022–2023) · 482 réponses
Les femmes sont présentes autour des city stades mais n'y pratiquent pas librement. 65% des usagers sont des hommes. La femme adulte (25–60 ans) est quasi invisible sur ces équipements.
Parmi les utilisatrices, 45% ont moins de 15 ans — souvent dans un cadre scolaire. La pratique féminine libre et autonome reste marginale.
Les disciplines dominantes — football, basket de rue, handball — sont historiquement perçues comme des sports masculins, créant un sentiment d'appartenance implicite qui dissuade les femmes d'investir ces espaces.
Passé 25 ans, le terrain cesse progressivement d'être un espace de pratique. La décroissance est régulière et sans exception.
La France compte près de 17 millions de personnes de plus de 60 ans. Ce public est quasi inexistant sur les plateaux multisports. Le format même de l'équipement — terrain dur, jeux d'intensité, absence d'assises — n'invite pas à la pratique des publics vieillissants.
L'absence quasi-totale des adultes de plus de 45 ans pointe un manque de diversité fonctionnelle : aucun espace de pratique douce, pas de mobilier, pas d'ombrage systématique.
Nombre de licenciés fédéraux en France (FFF, FFBB, FFHB) — proxy de pression d'usage
Pression maximale. Le football est le sport le plus pratiqué en France. Il occupe les terrains en priorité, souvent en groupe de 8 à 10 joueurs, rendant impossible toute cohabitation.
Présence significative, mais en compétition directe. Le basket partage les mêmes créneaux que le foot sur la majorité des plateaux. Sa communauté est 3× plus petite, ce qui signifie que ses pratiquants cèdent souvent le terrain — littéralement.
Pression faible, accès difficile. Avec 5× moins de pratiquants que le football, les handballeurs ont peu de poids collectif pour s'approprier un terrain. Leur pratique reste souvent cantonnée aux créneaux scolaires ou associatifs encadrés.
La conclusion est mécanique : sur un plateau multisports partagé, c'est toujours le sport qui réunit le plus de pratiquants qui occupe l'espace. Le football, avec sa communauté 3× supérieure au basket et 5× supérieure au handball, s'impose naturellement — laissant les autres disciplines sans créneau garanti ni espace dédié. La polyvalence affichée du city stade masque une réalité d'usage mono-sport.
La France compte environ 12 millions de personnes en situation de handicap, soit 18% de la population. Pourtant, ce public ne représente que 4,8% des usagers.
Un équipement peut être techniquement accessible (pente de rampe, sol plan) sans pour autant être adapté à la pratique sportive des personnes handicapées. Le revêtement, l'absence de matériel adapté, la nature des activités créent une exclusion de fait.
Accessible ≠ Inclusif. 85,7% des terrains sont déclarés accessibles, mais cette accessibilité concerne l'accès physique au site — pas la capacité à y pratiquer une activité sportive adaptée.
L'offre sportive du city stade, c'est le match. Le terrain le dit lui-même : deux cages, deux paniers qui se font face. Cette géographie impose la confrontation.
Deux cages, deux paniers qui se font face. La géographie du terrain impose une seule chose : la confrontation.
Qui dit confrontation dit équipes. Qui dit équipes dit sélection — par le genre, l'âge, la condition physique, le niveau.
Ces critères, identiques à ceux d'un club, sont autant de freins. Un espace inclusif est un espace où tout le monde peut jouer en même temps — sans former d'équipe.
Un espace vraiment inclusif = un espace où tout le monde peut venir jouer en même temps.
Par définition, un city stade en accès libre ne dispose d'aucun système de réservation, aucun gestionnaire de créneau, aucune rotation organisée. La règle implicite est simple : premier arrivé, premier servi. Ce principe, en apparence équitable, crée en réalité une inégalité structurelle profonde entre deux types d'usagers.
Accès garanti, régulier, récurrent. Le terrain est "leur" terrain, dans les faits.
Accès aléatoire, découragé, non récurrent. L'étude ANS ne mesure pas ces échecs — ils sont invisibles dans les statistiques.
L'étude ANS confirme l'utilité sociale des city stades. Mais elle révèle aussi que ces équipements, pensés autour du football et du basket masculin, sont utilisés principalement par les moins de 25 ans — laissant structurellement de côté une majorité de la population. Femmes, seniors, adultes actifs, personnes handicapées et amateurs de sports individuels restent sans réponse adaptée.
Seulement de pratique féminine effective malgré 96% de présence théorique
Des usagers ont plus de 60 ans — les seniors sont absents de ces équipements
D'usage handisport effectif malgré 85,7% d'équipements déclarés accessibles